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2017-2018 : Humanités numériques pour l'histoire transnationale de l'art

Cette séance sera l’occasion d’expérimenter de nouvelles méthodes pour l’étude formelle des œuvres. Comme l’avait mis en évidence Francis Haskell, les canons de l’histoire de l’art sont soumis à des normes, des caprices et des amnésies – même les maîtres anciens font l’objet de redécouvertes. L’analyse traditionnelle des œuvres d’art est donc toujours empreinte de la subjectivité du chercheur, ne serait-ce que par le choix de tel artiste plutôt qu’un autre pour une étude monographique.

Or, loin d’aveugler l’historien en réduisant la singularité des œuvres et des artistes, le détour par les statistiques, l’analyse de réseaux et la cartographie, permet de retrouver une certaine innocence du regard, sans a priori. Par exemple, ce n’est qu’en prenant en compte l’intégralité des œuvres d’art vendues aux enchères en 1900 que l’on découvre que ce tableau par Decamps battit tous les records, et qu’un certain Ferdinand Roybet, méconnu aujourd’hui, était l’un des artistes vivants les plus appréciés de l’époque. De même, les impressionnistes étaient-ils vraiment rejetés par le marché, lors de leur première vente publique en 1875 ? Est-on également sûr, rétrospectivement, qu’il n’y eut pas de « grande femme artiste », pour reprendre l’article fondateur de Linda Nochlin ?

Cette séance permettra enfin de montrer que les méthodes quantitatives sont un instrument puissant pour analyser le discours même des commentateurs de l’époque et même celui des historiens de l’art eux-mêmes, à la suite des recherches de Jérôme Delaplanche. En effet, la prise en compte de séries exhaustives, sur un temps long, fait émerger l’apparition de certaines manières de décrire les œuvres et de nommer des catégories – par exemple, les tableaux « modernes », « l’école de Venise », ou encore la catégorie de tsuba. In fine, la croisée des méthodes n’est pas un obstacle mais un outil d’analyse formelle des œuvres.

Léa Saint-Raymond est doctorante en histoire de l’art à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense. Ses recherches portent sur le marché et les espaces de l’art à Paris.

Ancienne élève de l’École normale supérieure, elle a suivi une double formation en histoire de l’art, à l’université Paris-Sorbonne, et en économie, à l’École d’économie de Paris. Elle est agrégée de sciences économiques et sociales. Sa thèse, dirigée par Ségolène Le Men, porte sur « Les artistes vivants dans l’arène des ventes publiques : la fabrication de la cote artistique sur le marché secondaire de l’art parisien entre 1852 et 1939 ».
Membre d’ARTL@S depuis 2010, Léa Saint-Raymond a participé à l’élaboration du modèle conceptuel, de la structure et de l’interface d’utilisation de la base de données BasArt. Elle est responsable des tests sur la structure, collabore à l’élaboration des interfaces de remplissage et d’interrogation, ainsi qu’au design des plates-formes d’accès. Elle participe à la formation des contributeurs par le versement des expositions. Elle contribue considérablement à l’augmentation des ressources mises à disposition des chercheurs dans BasArt, notamment par l’intégration des sources suivantes déjà disponibles : cartons verts de l’INHA (cartons d’invitations à des vernissages) entre 1919 et 1939, Salons d’Automne, Salons des Tuileries, Salons de la Société des Artistes Décorateurs, expositions de la Société des artistes méridionaux et FIAC.
Au sein d’ARTL@S, Léa Saint-Raymond travaille également à un projet de cartographie des lieux d’exposition, avec Félicie de Maupeou et Julien Cavero (lien vers l’article ).

Jeudi 8 février 2018, 13:30-15:30.

Salle de l’IHMC, 45 rue d’Ulm, Paris, Escalier D, 3e étage

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